Christiania, ville libre au cœur de Copenhague

Christiania

Christiania représente un de mes premiers souvenirs de Copenhague. J’ai d’abord approché la belle en longeant ses lacs, découvrant ainsi un écrin de nature en plein cœur de Copenhague. Maisons de bric et de broc, navires pirates miniatures flottant au gré du vent, et surtout une explosion de couleurs, souvent rehaussées de rouge piqué de jaune, en trois fois: le symbole de Christiania, la ville libre.

Au fil du temps, j’ai appris à la connaître, et à en explorer ses moindres recoins, même si j’avoue encore prendre plaisir à m’y perdre et à y dénicher de nouvelles choses.

Plus de 6 ans après notre premier contact, j’ai ressens encore une légère excitation à chaque rencontre. Aller à Christiania, c’est un peu comme se déconnecter du reste du monde, et d’une société danoise tellement engoncée dans ses normes sociales. Christiania, c’est le cœur qui bat de Copenhague…un cœur vert.

Christiania

Un vent de liberté christianite

D’une rue à l’autre, les jolies maisons multicolores bien alignées de Christianshavn côtoient la ville libre et bigarrée de Christiania. Dans un parfum de décontraction contagieux, Christiania arbore ses mille visages avec décomplexion, et ces différentes facettes font d’elle une cité extrêmement attachante et vivante. Fondée par un groupe de hippies, l’autoproclamé “ville libre de Christiania” (Fristaden Christiania / Freetown Christiania ) s’est construite sure l’ancienne caserne de Bådsmandsstræde, et a fonctionné comme une communauté intentionnelle autogérée de septembre 1971 à juin 2013. Christiania a créé son propre drapeau, comportant trois points jaunes sur fond rouge représentant les points des trois “i” de Christiania. Il aurait été créé par Viktor Essmann, également créateur du nom de la communauté, choisi en référence à Christianshavn (le port de Christian IV).

Christiania, une ville dans la ville

En 2003, la communauté comptait près de 1 000 habitants sur 34 hectares, possédait sa propre monnaie et toutes sortes d’activités culturelles et sportives, ses commerces (notamment les célèbres vélos cargos– Christiania bikes, et l’association des femmes forgeronnes), son skatepark, ses bains publics, ainsi qu’un vaste espace agricole. Dix ans plus tard, après la repris en main administrative et la privatisation partielle, Christiania ne s’étend plus que sur 7,7 hectares et a perdu plusieurs centaines d’habitants. Christiania est aujourd’hui devenue une attraction touristique attirant plus d’un million de visiteurs par an.

Une icône culturelle danoise

Christiania a sans conteste apposé sa marque sur la vie culturelle de Copenhague. Impressionnant pour une petite poignée de Christianites ! De l’armée de Pères Noël créée par le théâtre de rue “Solvognen” (Chariot du soleil) aux concerts d’anthologie (sans oublier leurs magnifiques affiches préservées dans le livre Plakater compilé par Fabbrikken14), en passant par une foultitude de livres, reportages photographiques, et documentaires, Christiania a beaucoup inspiré. L’architecture de Christiania est aussi très célèbre, depuis la création de “Pyramiden”, une pyramide faite de matériaux de construction, par Helge, à Bananhuset (la Maison-Banane), construite par des apprentis charpentiers allemands, en passant par des dômes géodésiques et toutes sortes de constructions aussi hétéroclites que poétiques.

De la musique à tous les coins de rues

Tendez l’oreille et suivez le son de la musique qui vous enchante le plus. Quelque soit le jour de la semaine ou le style qui vous donne des petites décharges dans le corps, laissez-vous porter par les sons de Christiania. Les amateurs de Jazz fileront au Jazzklubben. Jam sessions le dimanche ! Du jeudi au dimanche, Operaen café déverse ses sons sur la ville. Pour une touche historique, attardez-vous à Woodstock, le plus vieux bar de la cité. Jetez un coup d’œil à la programmation du hangar gris, Den Grå hal, qui en plus d’abriter des événements en tout genre au long de l’année (le marché de noël est mon préféré), est une salle de concert où ont joué Bob Dylan, The Red Hot Chili Peppers, Smashing Pumpkins, Sonic Youth, Patti Smith et bien d’autres.

Loppen est la salle où je traine le plus souvent. “La puce” en danois, accueille des artistes du monde entier, locaux, connus ou pas. Une antre intimiste, dont le plancher vibre littéralement au rythme des basses.

Science and Cocktails

Depuis 2010, le cinéma de Christinia (Byens Lys) accueille des scientifiques de renom pour discuter de sujets ultra contemporains (en anglais), autour d’un cocktail. Le programme est disponible en ligne (je repère souvent leurs événements sur Facebook), et organisé par une équipe de bénévoles passionnés. Entrée libre.

Cafés et restaurants à Christiania

Christiania est malheureusement surtout associée à son commerce de cannabis, au point d’en oublier ses petites adresses pour manger un bout ou juste pour boire un verre. Les prix y sont en général plus raisonnables qu’à Copenhague, pour une qualité non moindre. Si vous êtes végétariens ou végans, Christiania est définitivement votre paradis sur terre, avec Grønsagen, Café Loppen et Morgenstedet. Mené depuis plus de 20 ans par une équipe de volontaires, ce restaurant caché au fond de Christiania se targue d’être un des meilleurs restaurants végans de la capitale, dans une ambiance 100% christianite.

Morgenstedet Christiania

Si vous avez encore une petite faim, passez à Sunshine Bakery, pour une délicieuse pâtisserie danoise.

Do’s and don’ts

Le quartier a été l’objet de multiples controverses. La vente du cannabis y est toujours pratiquée à l’air libre. Son statut légal est également la cause de conflits et de négociations.

La première fois que j’ai guidé un groupe de Canadiens, il y a près de 4 ans, je leur ai donné quartier libre dans le “green light district”. Ils étaient tellement peu rassurés que je suis restée avec eux tout le temps. Il est vrai que c’était avant que les cabanes de pushers aient été rasées en 2016, et les dealers affichaient des mines patibulaires. Pourtant, je ne me suis jamais vraiment sentie en insécurité, même seule, et de nuit. Observée, ça oui. Evitez de sortir votre téléphone sur pusherstreet pour ne pas que les pushers croient que vous enregistrez une vidéo cachée. Ne prenez pas de photos. Les signes sur les murs sont on ne peut plus clairs, et on viendra vous le rappeler. Dans les zones résidentielles, les photos sont permises, mais demandez aux gens d’abord si jamais ils apparaissent dans le cadre.

Ne courrez pas–surtout pas, car cela sèmerait la panique (vous allez comprendre dans les lignes suivantes).

Fumer est plus ou moins toléré, notamment à la terrasse de Nemoland, mais de sortez pas du périmètre en possession. Gardez un œil et une oreille attentive. Si vous entendez des sirènes de polices et voyez des gens s’affairer de manière anormale : c’est la visite hebdomadaire de la maréchaussée…et il est temps de vider ses poches. En revanche, la vente et consommation de drogues dures sont strictement interdites et punies par la loi (30 jours de prison).

ChristianiaChristiania

Se rendre à Christiania

La ville s’étant étendue au-delà des anciennes fortifications où Christiania s’est installée, la ville libre est maintenant extrêmement bien placée et connectée par les transports en commun à Copenhague. Le métro le plus proche et Christianshavn (où passent les deux lignes de métro), et le bus le plus fréquent est le 9A, ou bien le 350S. Repérez l’impressionnante église surmontée d’une tour en colimaçon (Vor Frelsers Kirke, ou l’église Saint-Sauveur). L’entrée principale de Christiania se trouve de l’autre côté de la rue prinsesssegade.

►Le site de officiel de Christiania, à consulter pour suivre les événements au cours de l’année.


Christiania est le dernier article de cette année 2018 fort mouvementée. 2019 s’annonce bien différente. J’espère notamment avoir plus de temps pour écrire sur le blog, que j’ai délaissé pour deux projets papier. L’un d’entre eux verra le jour en février et sera diffusé en France via Le Monde mi-mars! Très belles fêtes de fin d’année et tous mes vœux pour celle à suivre!

Vi skrives i næste år !

4 thoughts on “Christiania, ville libre au cœur de Copenhague

  1. J’y suis passée cet été, l’ambiance est très sympa, on a vu des gens vendre du cannabis, mais franchement, ça ne m’a pas dérangé, et il y avait tellement de touristes, ça n’a rien de dangereux, on se sent en sécurité. Il y a également de jolis street arts. 🙂

    • La vente est concentrée sur un petit périmètre, donc ce n’est heureusement pas l’ambiance qui prédomine à Christiania. Et oui, c’est effectivement le touriste qui peuple la ville…

  2. Très heureuse de te lire à nouveau et mille mercis pour ce parcours authentique du quartier de Christiania!
    Je n’y suis guère allée encore lors de mes séjours par peur de trop de tourisme (ce que je fuis…!) Et puis, mes derniers voyages ce sont réalisés pendant les beaux jours (entre mai et octobre) et à cette période, cela grouille de monde, de ce côté de Copenhague hé hé hé…!
    Bref, ma grande confiance en ton oeil averti et ton circuit me tente drôlement; d’autant, que j’ai prévu un séjour de quelques jours à Helsinki avec ensuite un retour par Copenhague durant cet hiver. Belle fin d’année à toi!

    • Merci Alexandrine! Je suis aussi très heureuse de te lire! Je te conseille d’aller à Christiania le matin puis en fin d’après-midi et soir. Les touristes se concentrent autour de la rue des pushers et plus on s’avance vers les lacs, moins il y en a. Ce serait dommage de passer à côté de cet endroit fantastique! Bonnes fêtes de fin d’année à toi également 🙂 /J

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