À vélo le long de l’Isefjord, sur l’étape 2 du tour de France au Danemark

L’effervescence du Tour de France est retombée, mais le souvenir de ce départ historique reste gravé dans les mémoires et dans le cœur des Danois. L’étape 2 du tour de France, de Roskilde à Nyborg est devenue un itinéraire cyclable officiel. Les encouragements marqués à la craie sur le bitume résistent encore aux assauts des pluie torrentielles typiques du mois d’août. Je vous emmène sur une partie de l’étape, pour une balade à vélo de 80 km à travers le fjordlandet, de Frederikssund à Holbæk, en passant par l’île d’Orø.

De l’art de se motiver quand la paresse pointe son nez

Le week-end s’annonce caniculaire, et je saute l’occasion pour m’élancer sur les routes danoises, direction le Fjordlandet – pays des fjords, entre le fjord de Roskilde et l’Isefjord. Ici au Danemark, il vaut mieux faire bon usage du soleil quand il veut bien nous faire honneur de sa présence. Une poussée de flemme peut très vite reporter un voyage à l’été suivant. Justement, j’ai bien failli me laisser tenter par un bon bouquin sur mon balcon, au lieu d’aller transpirer sur 80 km en plein cagnard. Le pays des phrases courtes – savoureux roman de Stine Pilgaard, fera partie du voyage, néanmoins il devra attendre le trajet retour en train. Je le glisse dans ma sacoche de vélo, accompagné d’un tube de crème solaire et d’un bon litre d’eau (la minute Plan canicule).

De Frederikssund à l’île d’Orø

Le train pour Frederikssund (50 couronnes depuis le centre de Copenhague) est désert. Tous les Copenhaguois sont à la plage, hormis quelques échappés du Tour de France, qui comme moi profitent des routes ultra sèches et tranquilles. Je traverse le fjord de Roskilde sur le petit pont de Frederikssund, pour ensuite longer des champs dorés par le soleil, tranchant dans le bleu du ciel. J’espère atteindre le bac pour Orø avant le déjeuner. Au bout d’une heure de balade, je range mon vélo devant la file de voitures. Privilège du cycliste. À ma grande surprise, le bac glisse le long de câbles métalliques, rebondissant d’un côté à l’autre. Autrement dit, il n’y a aucune attente et le ticket s’achète à bord (ou en avance si vous êtes plus organisés que moi). Un ticket « aller-retour vélo » coûte 33 couronnes (5 euros). Comptez 10 minutes de traversée.

Orø, l’île en forme de cœur lovée dans l’Isefjord

Avant de partir, j’ai longtemps soupesé l’éventualité de dormir sur Orø, pour couper la poire des kilomètres en deux. L’île présente plusieurs shelters, ces fameux coins pour dormir à la belle étoile. Finalement, j’ai choisi de m’enfiler les kilomètres dans la même journée, et donc de passer moins de temps sur Orø. Si l’île n’est pas très grande, il y a pourtant de quoi faire, que ce soit culturellement, ou juste pour se balader. Premier village sur la route, Bybjerg concentre à lui seul un petit musée, une magnifique église romane, un point de vue sur le fjord, ainsi qu’une ferme-musée. Attention, tout ferme à 15h. En continuant vers le nord, vous tomberez sur la plage et son parc animalier. En route vers l’autre versant de l’île, je suis tombée sur un charmant café, peuplé de créatures de fer forgé. Les sentiers côtiers sont plus agréables à pied, mais le vélo permet de se déplacer plus rapidement. Un avantage quand on visite à la journée.

D’Orø à Holbæk, sur l’étape 2 du Tour de France

La flemme aurait pu frapper à nouveau, pour me pousser dans le ferry reliant Orø à Holbæk. Cela dit, le voyage m’intéresse plus que la destination, et je reprends alors le bac qui me dépose exactement là où j’ai quitté la route de Frederisksund à Holbæk. Il me reste environs 25 km de champs et de petits villages. Pour atteindre Holbaek, il faut enjamber le fond de l’Isefjord, sur le joli pont de Munkholm. Le niveau d’énergie commence à toucher la réserve, et je rêve d’une immense glace. Je ne pédale plus que pour la trouver. Comme si le dieu des cyclistes m’avait entendue, une jolie petite chaumière vendant exclusivement des glaces est apparue en bas de la descente, juste avant le pont de Munkholm. La vendeuse a même poussé jusqu’à imiter les courbes du pont avec les boules de glace. Je tiens à préciser que je n’ai demandé que deux boules, mais apparemment je méritais une dose généreuse (photo à l’appui).

Holbæk, fin de l’étape du Fjordlandet

Les derniers kilomètres sont égayés par les jolies couleurs de l’asphalte. Sans elles, j’aurais eu plus de peine à reconnaître ces routes que j’ai pu découvrir à la télé début juillet. Il n’y a pas un chat ! Où sont passés les millions de Danois en liesse ? Probablement encore à la plage…ou dans le train pour Copenhague (où se trouve la promesse d’une douche, mon frigo et mon lit—ma nouvelle obsession). Arrivée en gare d’Holbæk, je prends mon ticket retour au distributeur et découvre avec horreur que mon vélo ne peut pas avoir de place avant 21h. Les joies du cyclotourisme au Danemark. Je tente quand même le coup auprès du contrôleur. Il a dû avoir pitié de mes lèvres gercées et de la sueur collée au coin de mes yeux. Tant bien que mal, j’ai calé mon vélo sur une pile bloquant presque le passage et j’ai remercié le ciel pour ce strapontin entre les poussettes, à côté d’un papa bavard et de sa petite fille curieuse. L’ambiance parfaite pour dégainer mon Stine Pilgaard (les tribulations d’une jeune maman danoise, catapultée au fin fond du Jutland). Mon vélo me ramène à la maison, en mode pilote automatique. Au soleil couchant, je plonge mes jambes fatiguées dans l’eau fraîche de l’Øresund, en pensant à cette pauvre de moi qui aurait pu être en train de se morfondre dans un coin de la gare d’Holbæk en attendant son train. Dans bien des situations, un simple hochement de tête peut représenter plus qu’on ne le pense.

4 thoughts on “À vélo le long de l’Isefjord, sur l’étape 2 du tour de France au Danemark

  1. Salut, oui j’imagine que se laissée porter un peu cela fait du bien. Moi je crains de voyager seule donc cela n’est pas encore fait.. des conseils peut-être pour le côté anti stress . Belles 📷 photos en tout cas beau récit.

    • Le stress de l’inconnu…qui pousse à rester dans sa zone de confort. Un peu comme la flemme que j’évoque, en fait 😉 Peut-être que la solution/motivation est la même, comme se focaliser sur un moment à saisir, pour ne pas repousser ad vitam aeternam. La technique des petits pas: bien préparer chaque étape, et aller d’étape en étape. Se donner rendez-vous à un endroit: tel jour, telle heure, tel endroit, et simplement s’y tenir sans réfléchir. Le reste fait partie du voyage 🙂

  2. Anne LANDOIS-FAVRET

    Prendre le bac avec le vélo, une chose que je n’ai pas encore faite et que j’imagine comme une petite pause rafraîchissante ! Les paysages sont très jolis et c’est très sympa de pouvoir voir les traces encore fraîches du Tour de France ! 🙂

    • C’est clair qu’avec plus de 25km dans les jambes, se faire tracter est plutôt agréable. Pour les traces c’est vraiment éphémère, mais l’itinéraire reste. C’est une super idée!

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