Explorer les îles Lofoten en voilier traditionnel

Les Lofoten en voilier

Parenthèse maritime, à bord de la Fleur de Lampaul. Une manière de découvrir et de redécouvrir la Norvège par la mer, à l’ancienne. Les cales remplies de produits bretons, et les ponts peuplés majoritairement de Bretons d’origine et d’adoption, la Fleur représente pour moi une enclave familière flottante. Ou comment se sentir à la maison – autrement dit, en Bretagne, sur un bateau au-delà du cercle arctique.

Préparez-vous à partager le quotidien d’une vie à bord, au rythme des éléments, la beauté brute de la nature norvégienne en toile de fond.


Jour 0
Il pleut sur Tromsø. Partie de Copenhague de bon matin, le bus me dépose au centre-ville, que je redécouvre 7 ans plus tard, à la fois inchangé et différent. Nu de cette ouate blanche au pouvoir magnifiant. Quelques morceaux de congères aux nuances de gris gisent ci-et-là, témoins de sa récente disparition. La centaine de mètres jusqu’aux quais suffisent à me tremper. Bref, un accueil chafouin. Heureusement loin de présager la suite du voyage.

Un voyage que j’attends depuis longtemps. Les îles Lofoten me font rêver depuis des années, bien avant de m’installer au Danemark. J’ai perdu le compte de mes voyages en Norvège, sans avoir jamais réussi à pousser jusqu’au célèbre archipel. Il faut garder le meilleur pour la fin, il paraît. Donc quand j’ai vu que la Fleur de Lampaul y cabotait au printemps, c’est devenu une évidence.

Entre-temps j’ai participé à la rédaction d’un magnifique guide de la Norvège, dont la sortie coïncide avec le départ en mer. Les planètes se sont enfin alignées, et le soleil ne semble pas vouloir se coucher.

Jour 1
Départ à 6h. Le soleil froid est déjà haut dans le ciel. La Fleur glisse sur un fjord endormi, son étrave formant de douces ondulations sur un miroir d’huile. Le pont de Tromsø disparaît rapidement dans notre étrave, et tous les regards émerveillés se portent sur l’horizon, à la recherche d’un oiseau marin, ou d’une puissante montagne délicatement saupoudrée de neige. Le capitaine ayant choisi de naviguer le long de Senja, autant vous dire qu’on a vu deux-trois belles montagnes.

À l’approche de quelques îlots où trône une imposante église en bois blanche, la Fleur de Lampaul ralentit son allure. Nous jetons l’ancre à l’abri de Tranøya. En arrivant à Tromsø sous un ciel en déprime, personne n’aurait dit que nous allions débarquer sur une île, laquelle sans ses montagnes blanches en arrière plan, aurait des airs des Caraïbes.


Notre île norvégienne n’est pas tout à fait déserte. Il a fallu composer avec des béliers un tant soit peu territoriaux. Entre un cimetière digne d’un film d’horreur, la course poursuite animale, puis la panne de moteur…cette première excursion restera dans les mémoires ! J’ai bien évidemment couronné le tout d’un petit plongeon depuis le bateau, histoire de tester si l’eau était froide. Aucune surprise de ce côté. 4 degrés à tout casser. Du coup j’ai inauguré la douche du bateau, dont la superficie ferait pâlir d’envie la moitié de la population de Copenhague.

Jour 2
Lever d’ancre à 9h, sous un ciel lourd d’humidité. Nous disons au revoir à Tranøya, pour avaler les miles vers les tant attendues Lofoten. Le vent provenant du large entre les montagnes, creuse de petites vagues moutonnantes, d’où parfois émergent de timides macareux, qui s’envolent aussitôt repérés. Émotion à bord, tous à vos jumelles, macareux à 13h ! Un élan fièrement dressé à fleur de montagne suscite un émoi similaire et annonciateur d’une « chasse » aux animaux fantastiques, peuplant les latitudes arctiques.
Notre passage à fleur de montagnes illustre à lui seul ce moment charnière entre les saisons. Le flanc léché des vents du large est déjà à nu, alors que la partie sous le vent est encore glacée. Parfois, de fines cascades rigolent encore discrètement le long des parois à pic.



Jour 3
Toutes voiles dehors, nous voguons vers Trollfjorden. L’impasse à ne passer, lorsque l’on passe dans le coin. Askip. Alors nous y sommes passés. Effectivement, c’est très beau. Le nombre de graffitis laissés par les bateaux sur les parois rocheuses nous a fait mesurer la chance d’y être seuls au monde, tels des explorateurs découvrant les merveilles d’un paysage à l’état brut. Il est vrai que, ne croisant pas beaucoup de monde sur l’eau, il ne serait pas surprenant de voir débarquer un drakkar au détour d’un fjord. La centrale électrique où nous avons fait demi-tour, et le zodiac à touristes croisé en sortant de la passe, nous a frontalement rappelé l’époque en cours.


Encore grisés par ces paysages, nous approchons Svolvær, capitale des Lofoten. Les étendoirs à morues dont l’odeur vient nous chatouiller les narines, et la fiskekona perchée sur son pilier, en guise de comité d’accueil. Marcher sur la terre ferme après deux jours en mer. Comme quoi ça s’oublie vite.



Jour 4
Réveil en fanfare : jour de fête nationale en Norvège, le 17 mai !
Sans relation aucune, départ tardif, en direction d’Henningsvær, la Venise des Lofoten. Nous faisons du longe-côte, à slalomer entre des confettis granitiques, où nichent nos amis à plumes. Les aigles marins, trônant au sommet, viennent parfois tournoyer au ras du mât, l’air courroucé. Et puis toute une quantité de piafs : guillemot miroir, goélands en tout genre, grand gravelot, etc.
Entrée remarquée au port d’Henningsvær, où les locaux déjà endimanchés et attablés depuis quelques heures, lancent des hourras chaleureux, brandissant des drapeaux. Deux Norvégiens, tout droit sortis du XIXe siècle, nous aident à accoster au cœur de la fête.


Nous n’y passerons pas la nuit. Une halte de deux heures nous laisse le temps d’aller au terrain de foot le plus prisé des pilotes de drones. Perdu sur son morceau de caillou, battu par les vagues. Ce que le photo ne transmettra jamais : le doux fumet des poissons en train de sécher, à un mètre du gazon synthétique.
Il est grand temps de quitter la terre des hommes. La Fleur reprend son cap, pendant que ses passagers mangent des gaufres au soleil, en lisant adossés aux pare-battages, et en rêvant déjà aux mousses au chocolat du repas du soir, à refroidir sur le pont. La nuit se fera au mouillage, dans une crique façon Baie d’Halong nordique. Pas un souffle de vent, ne vient perturber la ligne d’horizon, en osmose avec un ciel illuminé d’un coucher de soleil pastel, peu pressé de s’en aller. Calme absolu. De temps à autre, des cabillauds viennent rider la surface lisse et sombre. Jusqu’à ce que sur un élan général, l’ensemble du bateau proche d’aller se caler au fond de sa bannette, se prend d’une soudaine envie de dandiner le poisson jusqu’à minuit. Si des instincts se réveillent, d’autres se couchent.


Jour 5
Une petite brise fraîche fait frémir les cordages. Les trophées de la veille baignent dans leur sceau. Désormais, l’enchaînement des gestes simples s’est automatisé. Les paysages défilent jusqu’à Nusfjord. Un ancien village de pêcheurs de baleines.
En route vers le phare gardant l’entrée ce replis de roche protégé des vagues, nous longeons des rorbuer, parfois flambant neuf, pas encore peints de leur rouge caractéristique. Dans cette carte postale de village des Lofoten gens s’affairent à y livrer des meubles Ikea, pour préparer la saison touristique. Plus un seul pêcheur à l’horizon, si ce n’est des harponneurs de touristes friqués. Oublions un instant ces coquilles vides, pour se plonger dans les eaux cristallines et délicieusement fraîches des petites criques de Nusfjord.


Jour 6
Dernière balade sur le port, afin de mieux comprendre le passé baleinier de Nusfjord. Tout le port est en fait un grand écomusée, riche en détails de leur vie d’avant. Jusqu’en 1985, les habitants pêchent près de 75 baleines par an.

Nous accostons Landegode en soirée, une île presque mystérieuse tant l’humain y est en apparence absent. Les plus courageux y commencent leur exploration au soleil de minuit. Je préfère l’apprécier au couchant, les îles Lofoten à l’horizon.


Jour 9
Sous un soleil radieux, Landegode se laisse découvrir à pied, bien qu’un vélo m’a bien manqué vu sa superficie. La marche a l’avantage de laisser plus de temps pour s’imprégner des paysages, toucher, sentir. Et la variété est au rendez-vous : après avoir traversé un village témoin aux pelouses peuplées de tondeuses robotiques, les collines rocheuses presque lunaires marquent la sortie du village. Puis viennent, des baies rocheuses aux eaux émeraude, des plages de sable fin, interrompues de forêts de pins dignes des Vosges. 17 km de balade au paradis.


Après le déjeuner, nous repartons en mer sous des conditions parfaites. Toutes voiles dehors, dont le flèche. Histoire de faire une entrée stylée à Bodø. La nostalgie de la dernière journée s’installe déjà.

Jour 10
Dernier jour à bord, ou presque. La plupart d’entre nous se rend à l’aéroport juste après le repas de midi. D’ici là, nous faisons un rapide tour de Bodø, dont je vous parle plus longuement dans un précédent article. Déjeuner sur le port, chez Fru Orø, la vendeuse ambulante. Et voici le temps de dire au-revoir. Ayant moins de route à faire pour retrouver mes pénates danoises, je reste encore un peu, pour une petite rando de 24 kilomètres, à Keiservarden.


Apercevoir les mâts de la FDL une dernière fois. Puis le sommet de la rando que je viens de faire, depuis mon hublot. Tutoyer des sommets saupoudrés de blanc, que je n’atteindrai probablement jamais par voie terrestre. Une puissance du paysage, qui manque cruellement au Danemark.


En arrivant à Copenhague, je réalise que je n’ai pas vu la nuit depuis 10 jours.

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