Un conte viking, à lire au coin du feu

Malmö Suède

Un étonnant voyageur découvre l’Amérique à bord d’un knorr viking. 

Voici un texte écrit il y a 15 ans dans le cadre du festival Étonnants voyageurs de Saint-Malo! Et oui, j’étais déjà inspirée par la Scandinavie! La génération Thorgal ^_^. En 2001, pas d’Odyssée de l’espace, mais plutôt celle d’une petite fille qui découvre le Groenland à bord d’un knorr viking dont le capitaine n’est autre que le fameux Erik le Rouge!

J’avais fait beaucoup de recherches et j’avais même achevé le texte sur le bateau de mon père, amarré au ponton de Brest, sous la tempête, pour mieux la décrire.

Mais j’arrête mon baratin et je vous laisse lire tranquillement…j’espère que ça vous plaira:

Je me nomme Freydis, et je suis la fille d’Erik Thorvaldson, dit « le Rouge ». J’ai passé mon enfance en Islande, mais à la suite d’une tragique bagarre, le Thing condamna mon père à trois ans d’exil. Il décida alors de partir explorer les terres que Gunnbjörn, fils d’Ulf le corbeau, avait aperçues à l’ouest de l’île, il y avait de cela quatre-vingt ans. « Une folle idée ! », s’insurgea ma mère, Thiodild.
Cependant, retourner en Norvège, d’où mon grand-père avait été banni pour meurtre, aurait été plus hasardeux encore.

 

C’est donc ainsi que nous appareillâmes, une matinée pluvieuse du jour d’Odin, afin qu’il protège notre périple. Les jours précédents cela, mon esprit était confus, tant par l’enthousiasme du départ, qui fait suite à celui des préparatifs, que par la peur de la traversée. Je me souviendrai toujours de cette sensation d’ivresse qu’occasionnât cet élan vers une nouvelle vie.

Nous avions vogué durant sept jours vers l’inconnu, inlassablement. Sept longs jours à bord du knorr, entourée de ma famille, de celle de Jörund, mon ami d’enfance, et de quelques marins. Je ne pouvais pas imaginer à quel point un voyage en mer pouvait devenir long et fastidieux.

Je me souviens particulièrement du premier jour, où transportée d’une énergie faisant naître en moi une curiosité ouverte à tous les horizons, je parcouru le knorr de la proue à la poupe, esquivant les morigénassions exaspérées de mon père, étudiant chaque accastillage, auxquels mon frère eut la patience de m’initier.

Dans la tradition Viking, les jeunes filles n’ont, bien entendu, pas la possibilité de participer aux affaires maritimes, hormis le saumurage des harengs. Et j’enviais mon frère, qui âgé de dix-sept ans, naviguait déjà aux côtés de mes deux autres frères, Leif et Thorvald.
Oui, je les jalousais, puisque je ne pouvais goûter au plaisir d’être sur l’eau que le temps de ce voyage.

Chaque matin, lorsque je m’éveillais, je gardais mes yeux fermés, et abandonnant mon corps aux balancements réguliers du navire, je laissais mon esprit s’envoler au gré du vent, tel un grand oiseau de mer, planant doucement au-dessus des nuages. Toutes les sensations s’amplifiaient en moi, comme une force sereine, vibrant à l’unisson des vagues qui soulevaient tranquillement la coque, au son du vent faisant chanter les haubans et claquer la voile de jute. Livrée au vent, qui tourbillonnait et m’enivrait. Enfin, j’ouvrais les yeux, et aux lueurs du soleil naissant, l’étrave semait dans le bleu profond de la mer, un sillage de diamant, dont les reflets chatoyants m’aveuglaient.

Soudain, dans l’unique horizon qui s’offrait à moi : la mer à perte de vue, je fus envahie d’un terrible sentiment de fragilité et d’isolement. Que représentait notre embarcation au milieu de l’incommensurable océan, livrée aux humeurs capricieuses d’Aegir ?
Ainsi s’amorça la journée dont je me souviendrais toujours, que les premiers rayons du soleil annonçait pourtant radieuse.

Autour de moi, les autres commençaient à se réveiller, et le train quotidien se réitéra. Les jours se succédaient et se ressemblaient. Le heures qui s’égrainaient, semblables de jour en jour, me faisaient perdre la notion du temps : quel jours étions nous, depuis quand voguions nous ?

Jörund et moi essayions d’inventer tous les jours de niveaux jeux, tout ce qui nous tombait sous la main se prêtait à notre imagination débordante : un cordage, un squelette de poisson…Malgré l’amour que je portais à la mer, l’excitation du premier jour avait laissé place à la lassitude. Et je parvins à me demander combien de jours nous allions encore rester à bord de ce knorr. Je sentais monter en moi une angoisse indescriptible et incontrôlable.

Prise dans mes pensées, je n’avais pas remarqué l’agitation à bord. En effet, au terme de cette journée ensoleillée, arriva l’évènement que je redoutais le plus au monde, et que craignent les plus valeureux Vikings. Et je crois bien que cette nuit-là, même mon père invoqua les dieux de l’Asgard au plu profond de son âme.

Les signes avant-coureurs étaient formels, les vaches et les moutons que nous avions stockés s’énervaient de plus en plus : une tempête se profilait à l’horizon. Les hommes se préparaient à affronter la mer en furie.

À peine mon père nous avait-il prévenus du danger et ordonné de nous abriter sous la partie couverte du knorr, que le vent augmenta subitement sa puissance, faisant grincer horriblement le bateau et battre les cordages le long du mât. D’énormes nuages épais et sombres avalaient déjà le ciel à une vitesse vertigineuse. La couverture nuageuse prit une allure des plus menaçantes et cachait à présent le soleil, nous plongeant d’un coup dans une nuit sans lune ni étoiles.

Les marins se hâtèrent d’affaler la grand-voile, car le knorr gîtait dangereusement. Les barreurs, qui s’étaient mis à deux, gardaient difficilement le contrôle de nôtre frêle coque de noix.

Je me blottis contre ma mère et j’enfouis ma tête au creux de son épaule. J’essayai vainement de ne penser à rien. Je sentais avec horreur la colère de Thor monter, dont les grondements couvraient les interjections forcenées lancées par mon père, et les incantations lancinantes de ma mère.

La réponse de Thor fût éclatante : un terrible éclair vint foudroyer notre mât, qui se scinda en deux en un cri déchirant. Les hurlements du vent m’emplissaient d’effroi, de puissantes rafales et vagues avides balayaient  notre barcasse, qui résistait péniblement, mais malgré tout, aux affronts de la mer.

Parfois, quand je levais les yeux, j’apercevais dans la lueur des lampes une imposante silhouette rousse défiant les éléments déchaînés. La surface houleuse de la mer se gonflait jusqu’à éclater en de gigantesques gueules sombres ourlées d’écumes, salive monstrueuse.

Puis, une vague déferla sur le pont, emportant trois marins et noyant nos lampes. Les sifflements des bourrasques et le martèlement de la pluie sur bâche m’assommèrent peu à peu dans un sommeil sans repos.

Au matin, la tempête qui avait fait rage toute la nuit s’assoupit à son tour. Pendant que mes compagnons somnolaient toujours, je pus distinguer, perçant timidement les nuages, la frange irisée du soleil levant. Les hommes n’avaient pas dormi de la nuit, et s’affairaient déjà à réparer les dégâts causés par la tempête, sans cesser de remercier les dieux d’avoir épargné notre knorr et surtout nos vies. Cette nuit-là, quatre hommes avaient péri, dont mon oncle et le frère de Jörund, une vache et deux moutons. Engloutis. Mais il fallait continuer à vivre, et les marins rapiéçaient un mât de fortune afin de pouvoir finir notre éprouvante traversée.

Tout-à-coup, dans les premières lueurs blafardes du jour, au loin, un liseré de terre, fine bande verdoyante au ras des flots, se dessine comme un mirage. Par je ne sais quelle chance, nous avions dérivé vers elle. Pendant que les marins hissaient notre nouvelle grand-voile de fortune, je rejoignis mon père à la proue du navire et au milieu de l’effervescence causée par la nouvelle de l’approche de notre but, il me dit : « Tu vois gamine, cette terre s’appellera la terre verte, Groënland !».


Alors ce flashback en 2001 au milieu du Xe siècle? 

***

Glædelig jul !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *