Découvrir le nord du Danemark

Coucher de soleil en réflection à skagen

Un an après, je me souviens de cette belle semaine de vacances passée à sillonner les routes du nord du Danemark, à la découverte de paysages plus étonnants les uns que les autres. Le début de l’automne offre une ambiance particulière, baignée d’une lumière dorée et d’un parfum de solitude. Avec pour seule compagnie des centaines d’oiseaux migrateurs, nous voici perdus dans des montagnes de sable !

 Phare de Maarup

Le phare ensablé de Rubjerg knude

Le phare de Rubjerg Knude (en danois Rubjerg Knude Fyr) se situe sur la côte nord du Jutland, dans la commune de Hjørring. Haut de 23 mètres, il fut mis en activité le 27 décembre 1900. À l’époque, il fut érigé à 200 mètres de la côte, bien à l’intérieur des terres. Le temps faisant, et surtout du fait de l’action des vagues puissantes de la mer du nord et du vent des tempêtes danoises, le phare est aujourd’hui à demi-ensablé, à quelques mètres de la falaise de Lønstrup, 60 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le sable balayé par le vent a peu à peu  asséché le puits et recouvert les jardins verdoyant entourant le phare.

Inactif depuis août 1968, le phare a été reconverti en musée et en café pendant un temps. Mais la bataille incessante contre les éléments condamne le lieu à l’abandon en 2002. Sévèrement menacé par le poids du sable, le phare a été partiellement désensablé en 2009, lui offrant quelques années de sursis, car les géologues lui donnent moins de 10 ans avant de sombrer dans les eaux grises du nord du Danemark.

Le phare de Rubjerg Knude n’est pas le seul concerné dans les environs. De nombreuses maisons de campagne se font engloutir tous les ans, et atterrissent au pied de la falaise, laissant leurs réseaux de canalisation béants et pendant le long de la roche. Près d’1,5 mètres se font grignoter chaque année. Flegmatiques, les propriétaires de ces jolies cabanes prennent le soleil dans leurs fauteuils tournés vers la mer, tant qu’elle le permet.

De nombreuses tentatives de ralentir ce processus inéluctable ont déclanché des entreprises des plus loufoques et désespérées, comme la construction de piquets brise-lames sur la grève, ou la plantation de pins et de plantes de dune. Leur efficacité n’a pas été prouvée, voire, elle a permis l’expansion de la dune !

La nature n’épargne rien ni personne, pas même la petite église romane de Mårup, bravant les éléments depuis les années 1250.

Vague sur le sable sombre de la côte nord du Danemark

L’église de Maarup vouée à la mer

L’église de Mårup ou Maarup (en danois Mårup Kirke) veille sur la falaise de Lønstrup depuis plusieurs siècles, elle aussi dans la commune de Hjørring. Comme le phare de Rubjerg Knude, que l’on aperçoit au loin, elle se prépare à communier avec la mer. L’érosion a eu raison du kilomètre la séparant autrefois du précipice, et l’église a été démantelée à Pâques 2008. Seuls les murs porteurs de l’église attendant patiemment leur heure, de même que la grande ancre de l’ HMS Crescent, la frégate anglaise, échouée sur la côte en 1808, stoppée dans sa route vers Göteborg en Suède durant la campagne napoléonienne.  Plus de 200 marins sont enterrés dans le cimetière de l’église de Maarup. Seulement sept officiers et 55 marins ont survécu. Avec l’érosion de la falaise, ces marins décédés sont repris par la mer, un par un.

Ayant pour seule compagnie les vents du nord et quelques valeureux touristes frigorifiés, la petite église a connu probablement son dernier pic de population lors du tournage du Festin de Babette, en 1987. Près de 300 000 personnes se sont réunies sur l’appel du réalisateur Gabriel Axel. Celui-ci a préféré les paysages dramatiques de Maarup à la Norvège, où normalement l’action du roman se déroule.

Eglise ensablée de Skagen

La lumière de Skagen

Skagen est la ville la plus septentrionale du Jutland et du Danemark. Réputé pour la qualité de sa lumière, ce village de pécheurs évoque désormais l’École de peinture (1870-1900) à laquelle il a donné son nom.

L’antique Cimbrorum promontorium  est aujourd’hui un centre de villégiature très fréquenté et chéri par les Danois et les Copenhaguois. La ville reste marquée son passé et s’appuie également sur son port de pêche pour assurer son développement. Les courants de la mer du Nord et de la Baltique rentrent en conflit à la pointe de Grenen et attirent presque autant de touristes que de goélands. La photo caractéristique est celle des deux pieds trempant dans chaque mer. Attention, la tentation est forte, mais il est dangereux et même interdit de se baigner. Consolez-vous avec le coucher de soleil spectaculaire ! Ne manquez pas une bonne soupe de poisson sur le port, pour vous réchauffer !

Terre d’inspiration pour les peintres de l’âge d’or danois, plusieurs d’entre eux  prirent l’habitude de s’y regrouper pour profiter de la lumière exceptionnelle créée par l’affrontement des eaux de la mer du Nord et de la Baltique, et fixer sur la toile la vie rude des pécheurs. En plus de Michael Peter et Anna Ancher, on notamment citer les peintres Peder Severin Krøyer et Marie Krøyer, Christian Krohg, Viggo Johansen, Carl Locher, Karl Madsen, Lauritz Tuxen.

Skagen possède aussi une curiosité : une église enfouie dans le sable dont seule la flèche reste visible. L’ensablement de cette église est la conséquence d’un phénomène local très répandu : les dunes mouvantes.

Sur la dune mouvante

Raabjerg Mile la dune voyageuse

Un des paysages les plus impressionnants de ce petit voyage était la dune mouvante de Raabjerg. Le sable est un ennemi que les Danois ont appris à apprivoiser et canaliser. Aux XVIe et XVIIe siècles, les dunes mobiles étaient un problème pour les habitants du Jutland. Certaines pénétraient les terres jusqu’à 7 km, éloignant par la même occasion la population des côtes. Au XIXe siècle le gouvernement décide de prendre le taureau par les cornes et décrète le « Sand Drift Act » en 1857. Dans les faits, L’État a été autorisé à acheter ou à exproprier les zones de dunes mobiles. Des herbes dunaires et des conifères sont alors plantés pour stabiliser le sable. Il a fallut attendre les années 1950 pour voir les dunes sous contrôle.

Alors que la majorité des dunes « à la dérive» a été stabilisée, celle de Raabjerg a été épargnée à titre d’exemple pour faire comprendre aux générations futures la puissance de ce phénomène et l’importance de garder en place les dispositifs disséminés le long de la côte. En effet, une fois au sommet de la dune, pas besoin de longs discours. C’est la plus grande dune mobile d’Europe du Nord avec une superficie de 1 km² pour une hauteur maximum de 40 mètres. La dune est constituée de 4 000 000 m³ de sable. Celui-ci dévore la forêt de pin à raison de 15 mètres par an, poussé par les vents d’ouest. Plus de 250 000 personnes visitent la dune chaque année.

Néanmoins, la dune voyageuse est en train de s’échapper et des discussions sur d’autres lois de conservation sont donc en cours. Car il ne faut pas oublier que la zone est internationalement importante en tant qu’escale d’oiseaux migrateurs.


Avez-vous eu la chance de visiter ces sites avant qu’ils ne disparaissent ?

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